Confinés, mais engagés !

En ce 1er avril 2020, point de poisson, point de blague. L'heure est au confinement. Au repli chez/sur soi imposé par l'adversité de ce qui régit les mystères de notre monde. Nos réactions face à cette situation inédite diffèrent d’un individu à l’autre et se font entendre discrètement lors des appels à nos proches et carrément plus bruyamment sur les réseaux sociaux. Plusieurs stratégies ont été adoptées que nous pouvons sommairement regrouper en trois catégories, l'une d'elles offrant bien évidemment de meilleurs résultats en terme de bien-être psychologique ![1]


Stratégie numéro 1 : La résignation


« C’est la vie, on n’y peut rien ».

« Cela ne peut qu’empirer ».

La résignation nous invite à faire corps avec un des sentiments les plus difficile à supporter : l’impuissance. L’impuissance nous bloque, nous stoppe. Elle nous fait endosser le rôle de la victime d’un évènement sur lequel nous n’éprouvons aucun contrôle. Nous avons l’illusion que nous ne pouvons pas agir car bien souvent notre champ attentionnel se crispe autour de cet événement problématique. Il devient omniprésent et l’objet de toutes nos préoccupations. La résignation nous met des œillères et nous empêche de nous ouvrir aux ressources qui sont présentes en nous et autour de nous. Elle nous empêche de percevoir la situation avec de la hauteur et de la perspective, et met en route un engrenage négatif qui a tendance à s’auto renforcer.

La résignation peut tout d’abord être à l’origine d’une forte démotivation. Notre énergie devient difficilement mobilisable et les activités ne nécessitant que peu de carburant sur le plan cognitif et/ou physique nous appellent irrésistiblement (canap’-TV, le duo maléfique). Alors même que nous avions prévu un ménage de printemps façon Marie Kondo, de rendre hommage à cette pile de livres qui nous attend depuis belle lurette, de nous lancer dans ce programme body-cardio-muscu-bidule miracle, nous nous retrouvons las, immobiles au sens littéral comme figuré.

La résignation peut aussi réveiller notre nature anxieuse. La peur s’installe et nourrit des pensées qui tournent en boucle dans notre tête. Scenario catastrophe, anticipations négatives… La tension voire l’angoisse nous envahit et nous fait vivre douloureusement notre impuissance. Des affects dépressifs peuvent s’ensuivre, solitude, morosité, tristesse.

En prime, la résignation a un effet délétère sur l’estime de soi. Nous renvoyant la sensation que nous ne sommes pas le pilote de notre propre vie.

Stratégie numéro 2 : La lutte

« La vie est un combat. »

« C’est la faute d’untel. »

Face à la sensation désagréable de ne pas avoir de contrôle sur un événement, nous pouvons aussi nous relier à une énergie bien plus mobilisatrice : la colère ! Car la colère nous fait avancer, nous donne de l’énergie et l’impression de tenir les rênes de notre vie.

Saviez-vous que comme toutes les émotions primaires, la colère a un rôle adaptatif chez les mammifères ? Les émotions nous permettent de survivre en nous transmettant de façon extrêmement rapide des informations sur ce qui est en train de se jouer dans notre environnement et en provoquant une cascade de réactions physiologiques nous permettant de nous y ajuster. Lorsque quelqu’un ou quelque chose empiète sur notre territoire, le signal est lancé, la colère ressentie.

Or, dans notre situation… Rien n’envahit notre territoire ! Point d’ennemi à abattre, point de combat à mener contre ce satané virus (Si ce n’est en respectant les 5 gestes barrières ![2]). La colère est pourtant bien active chez certains et la confusion règne, alimentant un flot d’agressivité notable.

Or, il est essentiel de ne pas amalgamer l’engagement pour ses valeurs, ce qui conduit à la protection de son territoire et à faire avancer les choses, et le fait de se positionner dans la lutte pour contrecarrer son sentiment d’impuissance. La lutte, en psychologie, c’est être contre. C’est résister. C’est être rigide. La nuance est subtile mais la différence est grande. Lorsqu’on lutte, la vie est considérée comme une série de problèmes à affronter, on cherche à faire cesser ce qu’on considère comme négatif ou douloureux. Là aussi, on se crispe autour de l’objet contre lequel on lutte. On enfile nos œillères et on peut perdre de vue ce qui est vraiment important.



Stratégie numéro 3 : L’acceptation et l’engagement

« J’ai peur, c’est la vie, mon action face au coronavirus est limitée, mais je peux me mobiliser pour ce qui est important pour moi ».


L’acceptation n’est pas se résigner. L’acceptation n’est pas lutter. Accepter, c’est faire avec ce qui est là, tout ce qui est là. Accepter, c’est élargir son champ attentionnel et ôter ses œillères. C’est observer avec de la perspective ce qui se présente à nous : l’évènement désagréable et douloureux, mais aussi tout ce qui constitue le paysage.

« L’acceptation ne suppose pas la non-action, mais encourage à un préalable mental chaque fois que possible : reconnaître que la situation est ce qu’elle est, l’observer sans les distorsions liées à la colère, la peur ou le découragement, et décider calmement de ce qu’il faut faire. L’acceptation ne remplace donc pas l’action, mais en représente une étape préalable, pacifiant nos émotions et clarifiant notre esprit. C’est pourquoi les thérapies qui se recommandent d’elle s’intitulent thérapies d’acceptation et d’engagement (en anglais, ACT : Acceptance and Commitment Therapy). »[3]

L’acceptation nous permet alors de percevoir ce qui était caché par la lutte ou la résignation : nos ressources ! Celles qui nous sont offertes par notre environnement ou par les autres, mais aussi celles qui sont présentes en nous. Nos forces, véritable moteur pour nous permettre de nous engager pour ce qui est vraiment important pour nous, pour ce qui fait sens ! Et s'engager, ce n'est pas critiquer. Ce n'est pas du discours. C'est agir !


Alors comment accepter et nous engager dans cette situation particulière ?

1/ Méditer. Un peu, beaucoup, passionnément (sans aller jusqu’à la folie s’il vous plaît, un peu de modération) ! Merci à Pacco pour cette illustration d’une grande justesse.



2/ Identifier ce qui est vraiment important pour soi. Au fond de nous, quelles sont les valeurs qui sont essentielles et qui nous guident au quotidien ? Dans notre travail, notre famille, notre couple, nos relations (etc.). De quoi avons-nous besoin pour nous sentir confiants, justes, libres, sereins, en sécurité, considérés (…) ?


3/ Faire appel à nos forces de caractère ou « valeurs en action ». Ces ressources identifiées par Seligman et Peterson, chercheurs en psychologie, qui favorisent un fonctionnement optimal à travers notre manière de penser, de ressentir et de nous comporter. Activées, elles sont le garant d’une vie heureuse et florissante.



Créativité

Curiosité

Sens critique et jugement

Amour de l'apprentissage

Sagesse

Bravoure

Persévérence

Honnêteté

Joie de vivre

Gentillesse

Amour

Intelligence sociale

Equité

Leadership

Travail en équipe

Pardon

Humilité

Prudence

Maîtrise de soi

Reconnaissance de la Beauté

Gratitude

Espérence et optimisme

Humour

Spiritualité



[1] Il s’agit bien sûr dans ce post d’apporter un éclairage psychologique et non de donner un avis personnel ou politique. [2]

5 GESTES "BARRIÈRE" Pour freiner le coronavirus

1 PRÉVENTION. Restez chez vous 2 MAINS. Lavez-les souvent 3 COUDE. Toussez dedans 4 VISAGE. Évitez de le toucher 5 DISTANCES. Gardez-les


Source : gouvernement.fr/

[3] C. André, Cerveau & Psycho, numéro 59, septembre-octobre 2013. Article ici.

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